" Je te jure que je ne t'entraînerai plus dans ce genre d'épreuves. Vis ta vis, je ne m'en mêlerai plus. Ce sera comme si je n'avais jamais éxisté."
Chacun des mots martelé avec soin . j'agitai la tête de haut en bas , mécanique déstinée à m'éclaircir les idées . Il attendit sereinement. Il me fallut quelques minutes pour retrouver la parole. Je crus qu'il répondait à ma supplique, mais ses mains froides emprisonnèrent seulement mes poignets et les plaquèrent contre mon corps. Il se pencha , lèvres serrées, et déposa un baiser furtif sur mon front. Je le sentis à peine. Mes yeux se fermèrent. Il y eut un éclair, un souffle inattendu. Mes paupières se soulevèrent d'un coup. Les feuilles d'un petit érable s'agitaient encore dans la brise que son brusque départ avait provoquée. Je l'avais perdu. Je le suivis d'un pas mal assuré, inconsciente de la vanité de mon geste. Il ne subsistait aucune trace de son passage : nulle empreinte , nul mouvement . Je marchai quand même sans réfléchir. Je n'étais capable de rien d'autre. Il fallait que je bouge. Si je cessais de le chercher , c'en était fini. De l'amour, de la vie, de la raison. Fini ! j'avançai , j'avançai encore , j'avançai toujours. Les heures défilaient que ne semblaient que des secondes. Peut-être le temps s'était-il arrêté parce que, aussi loins que je m'y enfonce, la forêt était immuable. L'idée me traversa, inquiétante, que je tournais en rond, un tous petit rond ; je n'en continuai pas moins. Je trébuchai souvent. Au fur et à mesure que l'obscurité s'installait, je tombais beaucoup aussi. Je finis par me prendre les pieds dans quelque chose - je ne vis pas de quoi il s'agissait dans le noir - et , cette fois , je ne me relevai pas. Je roulai sur le flanc de façon à pouvoir respirer et me mis en chien de fusil, à même les fougères humides. Ainsi allongée , j'eus l'impression qu'il s'était écoulé bien plus de temps que je ne l'avais estimé. Je ne me rappellais plus depuis combien d'heures le soleil s'était couché. Les nuits étaient-elles donc toujours aussi sombres ici ? Une régle existait sûrement, qui édictait qu'un peu de la lueur lunaire perçât à travers les nuages et les crevées de la ramure jusqu'au sol. Pas aujourd'hui , cependant. Aujourd'hui, le ciel était couleur encre. Il n'y avait peut-être pas de lune ; il y avait peut-être une éclipse ; ou alors , c'était la nouvelle lune. Je grelottais , bien que je n'eusse pas froid. Plus tard , la pluie me reveilla. Je ne crois pas m'être vraiment endormie , j'étais juste perdue dans une torpeur ahurie et je m'accrochais comme une naufrafée à l'engourdissement qui m'empêchait de comprendre ce que je refusais de comprendre. La pluie m'inquiètta un peu. Elle était glacée. Déliant mes bras de mes jambes, je m'en protégeai la figure._______________________________________________________Tentation . p84-85 .